parcheminHaut Charron Ducharme

par Luc Charron

En automne 1837, la révolte des habitants du Bas-Canada (Québec actuel) éclate face au joug britannique. Les chefs patriotes Louis-Joseph Papineau, Denis Benjamin Viger, Wolfred Nelson et le docteur Chénier haranguent le peuple à se lever haut et droit afin de libérer la patrie de la domination répressive du gouvernement de Sa Majesté.

Dans le Larousse, on définit comme suit un patriote: se dit de quelqu’un qui est très attaché à sa patrie. Cette définition s’applique à des hommes nommés Charron ayant pris part à cette rébellion, soit: François Charron de Verchères, Jean-Baptiste Charron de St-Benoît, Jean-Baptiste Charron de Ste-Scholastique, Joseph Charron de St-Benoît, et Antoine Charron de St-Césaire. Des Ducharme et d’autres Charron ont peut-être été mêlés aux événements, ils feront l’objet de recherches ultérieures.

HISTOIRE D’UNE RÉBELLION vous sera relatée en trois chapitres. Dans le premier chapitre, un condensé du déroulement chronologique des événements sera mis en lumière. Le deuxième chapitre révélera l’implication et les activités des patriotes Charron, ainsi que les documents d’archives étayant la véracité des faits. Finalement, le troisième chapitre sera consacré au dévoilement de l’ascendance généalogique des patriotes Charron, afin qu’ils puissent être situés et immortalisés dans l’histoire de la belle et grande famille des Charron et Ducharme.

À St-Denis-sur-Richelieu, sur le chemin des Patriotes, se trouve un musée sur les Patriotes de 1837-1838, on y retrouve des pièces recueillies sur les lieux des combats, différents films et animations relatant le déroulement de la rébellion. Mais surtout, il y a un registre contenant les noms de tous les patriotes, qui est à l’origine des textes qui vont suivre.

HISTOIRE D’UNE RÉBELLION  -  1ère partie

Chronologie des événements

En 1817, le Bas-Canada (Québec actuel) compte 420,000 habitants, le Haut-Canada 125,000 habitants. Sous l’égide britannique, de dures et longues négociations sont entreprises en 1816 et se dérouleront férocement jusqu’en 1836 sans qu’aucun accord n’intervienne. Le gouvernement britannique veut éliminer la frontière entre les deux Canada et fusionner les deux conseils législatifs avec l’objectif d’y installer 60 députés représentant chacune des deux colonies, tout en interdisant l’usage de la langue française aux Communes, malgré le fait que près de 75% de la population est francophone. De virulentes confrontations vont perdurer pendant près de 20 ans. En 1836, les leaders britanniques assistent à la flambée des colères canadiennes. Lorsque Louis-Joseph Papineau, alors à l’apogée de sa puissance, amène l’Assemblée Nationale à rejeter une motion de confiance à l’égard du comte de Gosford. Au même moment à Londres, en Angleterre, les législations des Canadiens sont révoquées. La législature des deux Canada est dissoute...

Richelieu

Le 7 mai 1837, Papineau, Nelson, Côté sont à St-Ours devant 1200 citoyens enthousiastes. Les assemblées populaires se multiplient, l’insurrection est imminente, la rébellion présente. Les lieux où l’effervescence des assemblées se fait de plus en plus sentir sont: St-Marc, Chambly, St-Hyacinthe, St-Constant, Verchères, St-Denis, St-Ours, St-Charles, Laprairie, St-Eustache et Montréal.
À Montréal, les Fils de la Liberté reconnaissent comme chefs: Girod et Chénier à St-Eustache, Brown à St-Charles. Nelson et Papineau sont quant à eux à St-Denis. En novembre 1837, les Patriotes forment un camp fortifié à St-Denis et à St-Charles.

Le général Colborne[1] ordonne à ses colonels Gore et Wetherall qui sont à la tête de quatre compagnies et d’un régiment de cavalerie (le Montreal Cavalry Volunteer), de disperser le camp fortifié des Patriotes. L’encerclement de St-Denis et St-Charles va commencer. Les Patriotes disposent d’une centaine de fusils et de 200 hommes. Durant sept heures, ils vont résister aux assauts des 1,000 soldats Britanniques pour finalement les pousser à une retraite vers Sorel. Le colonel Wetherall demande aussitôt des renforts et s’adressant aux Patriotes demande une trêve de négociation. Demande acceptée à une condition: “que les soldats britanniques déposent leurs armes le long de la route”.
Les soldats Britanniques ont cependant reçu l’ordre de ne pas se soucier de la trêve et de harger des Patriotes déconcertés. Avec l’arrivée des renforts de Gore (1,000 soldats), une heure et demie suffit à transformer les alentours en hécatombe. Les généraux Anglais réussissent à faire plus d’une trentaine de prisonniers parmi les survivants, dont Denis Benjamin Viger.

L’armée de Colborne repart ensuite vers St-Eustache.

Pendant ce temps, un détachement de la “Montreal Cavalry Volunteer” part de Saint-Jean en direction de Montréal à la nouvelle prison au Pied du Courant, avec des Patriotes enchaînés. Bonaventure Viger et quelques-uns de ses hommes[2]  vont attaquer ce détachement et libérer les prisonniers.
En route vers St-Eustache, Colborne apprend l’attaque dont a été victime le détachement et la libération des prisonniers. Il est furieux, car c’est une atteinte à l’orgueil et à la fierté militaire britannique. Il envoi donc des troupes vers St-Denis avec l’ordre de tout détruire.

Le docteur Nelson, Georges-Étienne Cartier et 300 hommes les attendent de pied ferme. Encore une fois l’armée britannique est mise en déroute. Le 30 novembre, le général Gore revient en force à la tête de cinq nouvelles compagnies en plus des survivants de la dernière attaque. Il vient prendre sa revanche, mais St-Denis est désert. Il met le village à feu et à sang.

Le 14 décembre 1837 Colborne atteint St-Eustache avec 2,000 hommes. Le tocsin de l’église sonne l’alarme pour la troisième fois en quelques jours. Cette fois-ci, c’est vrai. Le général Girod et le major Chénier ramassent le plus de monde qu’ils peuvent dans le village[3].glise St Eustache

Armés, le docteur Chénier et ses hommes se réfugient dans l’église[4], barricadent les portes avec les poêles et les bancs, brisent les vitres afin de pouvoir tirer par les fenêtres. D’autres hommes ont été postés au presbytère, dans le couvent, dans la maison de M. Durnont et celle de M. Scott, mais le plus grand nombre prennent la fuite à travers les champs et les bois.
Après un feu nourri de deux heures, les soldats de Colborne s’emparent des maisons. Un poêle renversé dans le presbytère met le feu aux paillasses étendues au milieu de la place. Dans un instant, tout est en flammes, brûlant ou suffoquant la plupart des individus s’y trouvant. L’incendie se propage à l’église.
Colborne donne l’ordre d’attaquer l’église. Le docteur Chénier voyant que tout espoir est perdu, réunit quelques-uns de ses gens. Décidé de mourir les armes à la main, il consulte les braves hommes qui l’accompagnent. Aucun ne veut abandonner son chef.
Les soldats de Sa Majesté entament une canonnade vers l’église. Quelques Patriotes tentent de sortir par l’arrière, mais tombent sous les balles, et peu après les autres sont forcés par les flammes et n’ont d’autres recours que de sauter par les fenêtres. Tentant de se frayer un
chemin parmi les soldats ennemis, le docteur Jean-Olivier Chénier et ses hommes furent tués sur place.
Il est 16 heures et tout est consumé. Ce qui ne l’est pas le sera bientôt, car Colborne ferme les yeux sur le pillage du village et la campagne. St-Eustache est en ruines. Le général marche ensuite sur St-Benoît, et l’ordre est de tout brûler. Les villages de St-Benoît et Ste-Scholastique sont à leur tour réduits en cendres. La tragique année 1837 se termine sous cette triste désolation.

 

Épilogue

pied du courantLe 27 février 1838, 200 Patriotes avec à leur tête, Nelson et Côté, pénètrent au Québec en provenance d’Alburgh au Vermont. Ils plantent un arbre de liberté, Nelson signe une déclaration d’indépendance du Bas-Canada et la distribue. Cette déclaration est suivie de peu par celle de William Lyon Mackenzie qui demande aux Canadiens de se rebiffer contre l’autorité illégale des insurgés et de prendre les armes afin de mater ces scélérats.
La rébellion est matée. C’est la fin du rêve de liberté. Les Britanniques ne savent que faire des 660 prisonniers capturés à l’automne. 500 sont libérés entre le 24 janvier et le 1er mai 1838. Cependant sans aucun procès, huit sont condamnés à l’exil aux Bermudes. 56 exilés en Australie, deux sont bannis, plusieurs croupiront longtemps en prison[5]. Quelques-uns seront relâchés et 12 seront condamnés à l’échafaud...
De sa prison de la rue Craig, le chevalier De Lorimier écrivit dans sa dernière lettre: “Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays”. Et l’histoire se poursuit...

Bibliographie :

  • Le mémorial du Québec, tome 2, 1980 Éditions du Mémorial du Québec
  • Le journal d’un Patriote, par Philippe Boucher-Belleville, 1992 Éditions Guérin
  • Le dictionnaire Larousse Lexis, 1991, Éditions Larousse
  • Les Archives Nationales du Québec, Roy-Rapport de l’archiviste de la province de Québec,  1925-26, sur la révolte de 1837-38. Microfilm no 1702, no 1703, no 1704.
  • Québec héritages et projets, de L. Bélair et A. Benoît, 1984 Éditions HRW
  • Petit manuel d’histoire du Québec, de Léandre Bergeron, 1970 Éditions Québécoises.

Ce texte a été publié une première fois dans notre bulletin le Trait d’union de l’Association des Charron et Ducharme Inc.
Vol. 1 no.2 page 7,
Tous droits réservés.


[1] Surnommé le “brûlot” à cause des villes qu’il fit incendier sans raison, voire par pur plaisir. Citons en exemple les villes de St-Denis, St-Charles, St-Benoît et Ste-Scholastique.

[2] Un dénommé François Charron, de Longueuil, prendra part à cet événement. À lire dans la 2 partie.

[3] Entre 60 et 80 hommes, selon le curé de St-Eustache, Messire Paquin.

[4] Encore aujourd’hui subsistent des traces des boulets de canons et des éclats de pierre causés par des balles sur le mur frontispice de l’église.

[5] Voir Journal d’un Patriote de Philippe Boucher-Belleville. Livre dans lequel il relate son incarcération dans la prison du Pied-au-Courant, ainsi que la bataille de Moore’s Corner à laquelle il prit part.

parcheminBas Charron Ducharme

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