Amable Charron, maître sculpteur et marchand, né le 9 juillet 1785 à Varennes, Québec, fils de Charles Charron et d’Amable Bénard dit Carignan; décédé le 8 mai 1844 à Saint-Jean-Port-Joli.

Orphelin de père dès l’âge de cinq ans et pourvu d’un minimum d’instruction, Amable Charron devient l’associé, sinon l’apprenti, de Louis Quévillon, maître sculpteur, qui, requis de toutes parts, lui confie le soin de terminer certains contrats. C’est ainsi que Charron exécute entre 1808 et 1812 des travaux pour les fabriques de Saint-Martin, dans l’île Jésus, près de Montréal, de Saint-Michel, près de Québec, et de Notre-Dame-de-Liesse, à Rivière-Ouelle, bien qu’il puisse s’agir, dans ce dernier cas, d’un engagement de Charron lui-même.

Les séjours de Charron sur la Côte-du-Sud l’ont probablement convaincu de la possibilité d’y trouver du travail. En 1811, il a réalisé le retable et le jubé de l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies. Peu de chose le retiennent à Saint-Vincent-de-Paul (Laval), dans l’île Jésus, en 1812, après la mort de Marguerite Hogue, fille de Simon Hogue, maître menuisier, qu’il a épousée en 1808, et dont les trois enfants meurent en bas âge. Il décide donc de s’installer sur la Côte-du-Sud où, de 1812 à 1816, il exécute l’essentiel de son œuvre artistique. À l’église de L’Islet, il boise les murs de la nef, sculpte la corniche et huit statues. À Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière), il réalise le retable, le jubé (identique à celui de Saint-Roch-des-Aulnaies) et quatre sculptures représentant les évangélistes ; il aurait aussi travaillé à la voûte. Pour l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies, il construit le banc d’œuvre, modifie la chaire et signe diverses pièces de sculpture ; dans un contrat ultérieur, il s’engage à effectuer des tableaux représentant les quatre évangélistes. Durant cette période, il a comme apprentis Chrysostôme Perrault et Joseph Goupil. Le 7 juin 1813, il s’est remarié à Saint-Roch-des-Aulnaies avec Marie-Geneviève Audrie, fille de feu Jean-Baptiste Audrie, marchand de Saint-Jean-Port-Joli, dont elle a hérité. Le couple s’est installé à Saint-Jean-Port-Joli où Charron devient marchand général, père de trois enfants et l’un des notables du village.

En 1817, la mort de la deuxième femme de Charron coïncide avec un tournant dans sa carrière. Il délaisse alors l’architecture et la sculpture pour se consacrer exclusivement au commerce. Libres de dettes, les sommes reçues périodiquement des fabriques pour lesquelles il a travaillé, de même que les profits de son commerce, lui permettent d’accorder des prêts à plusieurs de ses concitoyens et d’effectuer des placements immobiliers ; il tente même d’acquérir une partie de la seigneurie de L’Îlet. Cette aisance s’accompagne de la fondation d’une nouvelle famille. Le 18 janvier 1819, Charron convole en troisièmes noces avec Marie-Anastasie Babin, fille de Jean-Marie Babin, marchand, et de ce mariage naîtront dix enfants dont six atteindront l’âge adulte.

Cette période de prospérité se termine au milieu des années 1830, alors qu’il lui faut rendre des comptes. La deuxième femme de Charron, en effet, est décédée sans testament et le couple n’avait pas de contrat de mariage. Dès leur majorité, les trois enfants issus de ce mariage réclament leurs parts d’héritage. Charron règle difficilement avec son fils aîné. Pour ajouter à son malheur, en octobre 1832, il devient veuf une troisième fois. À la fin de cette décennie, au moment où toutes les fabriques ont acquitté leurs dettes, il commence à vendre des biens immobiliers et, au début des années 1840, il liquide vraisemblablement son commerce. En 1842, il vend sa maison du village et se retire sur sa terre du 3e Rang de Saint-Jean-Port-Joli où il meurt, laissant dans un état proche de l’indigence sa quatrième femme, Marie Pélerin, qu’il a épousée le 18 juin 1834.

Le souvenir et le nom même d’Amable Charron sont disparus de la région. Une seule des églises qu’il a contribué à décorer, celle de L’Islet, existe toujours. D’ailleurs, Charron ne semble pas avoir possédé de grands talents artistiques. À L’Îlet, il n’a fait que poursuivre les travaux à la corniche commencée par Jean et Pierre-Florent Baillairgé et ses statues sont pour la plupart disparues. En 1814, l’évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis, ordonne de couvrir les statues qu’il a sculptées pour l’église de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, tandis que les cariatides du jubé de l’église de Rivière-Ouelle finiront leurs jours comme « ornements » d’un « jeu de paume » du collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Par contre, son ami Philippe-Joseph Aubert de Gaspé le décrit comme un excellent chasseur doué d’une « force athlétique » et certains de ses actes témoignent d’un esprit généreux.

Gaston Deschênes

Source : Dictionnaire biographique du Canada en ligne